Rêves humides de psychologues, partie 1 : Inception


Primo, si vous avez pas regardé Inception, arrêtez de lire et allez le voir. Ou pas, mais je vous préviens, l'article va spoiler. Vous êtes prévenus.

Bon, donc, Inception.
Avant tout, faut savoir un truc. Psychologiquement parlant, c'est de la merde. Je veux dire, entre ce qu'on sait des rêves, que ça soit cognitivement ou psychanalytiquement, c'est de la merde. Les rêves c'est marrant, mais pas à ce point. Sans parler du fait d'entrer dans les rêves des autres.

De plus, le principe même de l'inception (= aller dans les rêves d'un connard et lui implanter une idée), quand on y réfléchit bien, on sait déjà le faire sans avoir à risquer sa santé mentale. Les amorçages, par exemple. Vous revoyez cette scène où Joe Gomina explique à notre ami le bridé que quand on dit à un mec « Ne pensez pas à un éléphant », bah le mec y pensera mais saura que l'idée vient pas de lui ?


Non, l'autre bridé.



Bah c'est des conneries. Bon, bien sûr, fait aussi directement, oui, en effet. Mais des trucs comme l'amorçage permettent de contourner ça.
L'amorçage, ça consiste à subtilement ou indirectement activer une idée dans la tête d'un mec. Ça peut se faire simplement : un mot dans une conversation lambda, un poster en fond derrière vous... même le subliminale fonctionne facilement, pour ça (c'est même encore plus subtil, puisque si le cerveau capte le truc, ça arrive pas jusqu'à un niveau conscient).
Y a une expérience qui me plaît bien à ce sujet, d'ailleurs. Sauf erreur, elle date de 1996, et menée par Bargh, Chen, et Burrows. Ils faisaient venir des sujets à leur labo, et leur faisaient faire des reconstructions de phrases (le nom de la tâche est assez clair pour que je me fasse pas chier à expliquer ce que c'est). La différence résidait dans les mots de ces phrases. Certains sujets avaient des phrases à reconstruire avec des mots dits « neutres » (c'est à dire, porteur d'aucun amorçage particulier), tandis que d'autres avaient des mots liés au thème des personnes âges (gris, ridé, Floride (c'est une expérience américaine...), etc).
Enfin, ils mesuraient le temps mis pour sortir du laboratoire une fois la tâche terminée.

Les sujets soumis indirectement à l'amorçage de la vieillesse sont ceux qui ont mis le plus de temps pour sortir du laboratoire (et une différence statistiquement significative).
Pourquoi ? INCEPTION ! Plus sérieusement : l'amorçage du thème de la vieillesse a (à leur insu) activé chez eux les stéréotypes des personnes âgées. Ce qui a affecté leur comportement.
Si ça c'est pas mettre une idée dans la tête des gens à leur insu pour changer leurs actes...


Voire, de vous rendre vieux ?


Bon, après, me direz-vous, faire marcher un type plus lentement, c'est un poil un jeu d'enfant par rapport, à, disons, convaincre un mec de revendre sa multinationale.
Et on est d'accords. Je crois pas qu'actuellement on sache manipuler quelqu'un à ce point sans quelques longues années de (fausse) psychanalyse et de lavage de cerveau.


Mais bref, c'était pas de ça que je voulais parler à la base.
Parce que mine de rien, Inception, c'est un fantasme de psy. Le genre de truc à le faire se réveiller les draps amidonés.


Moi c'est elle qui me fait cet effet.



Parce que mine de rien, les possibilités qu'offre l'exploration des rêves sont affolantes.
D'un point de vue thérapeutique, ça permet plein de chose. Le parti pris du film selon lequel on peut passer par les rêves pour obtenir les infos enfouies dans l'esprit du sujet, par exemple.
Thérapeutiquement, ça veut dire gagner des semaines, des mois, voire des années d'entretiens pour découvrir la source du problème ! Quelques sessions d'exploration de rêves, et hop !
Toujours côté thérapie, ça peut aussi permettre de mettre en place des occasions de guérison. Vous avez un phobique des chats ? Hop, quelques rêves dans lesquels vous manipulez le rêve de façon à lui prouver qu'il aime les chats ou autre, et voilà, phobie réglée. Un mec qui a peur de sortir dans la rue depuis qu'il s'est fait tabasser par des mecs bourrés ? Vous lui faites revivre le traumatisme plusieurs fois, mais en lui permettant de mieux en mieux de dominer ses agresseurs jusqu'à ce qu'il en soit convaincu. Bref, y a de la marge.

Autrement, côté expérimental, y a aussi de quoi faire. Vous voulez étudier comment réagissent les gens dans des situations éthiquement discutables ? Faites le dans les rêves. Après tout, le film statue que les opérations oniriques sont oubliées au réveil, tout au plus en laissant une vague impression résiduelle, alors on s'en fout de le traumatiser en rêve, ça laissera pas de marque. Donc ça permet d'étudier les réactions des gens dans des situations non-possibles en vrai ou en laboratoire.

Et là, je ne parle que de ce qui me vient en tête totalement crevé. Filez le matériel d'Inception à une bande de psy, et vous verrez tout ce qu'ils seraient foutus de faire avec ça.

De vrais gosses.



(Merci à Olphega pour OLD WATANABE)


Parce que j'aime pas la Saint Valentin


J'aime pas la Saint Valentin.
Non, je ne suis pas un énième hippie anti-fêtes commerciales ou je ne sais quoi, je m'en branle. Non, je suis juste un rabat-joie aigri.
Donc, aujourd'hui, j'ai décidé de fêter cette fête à ma façon, avec un petit post à la con.

En fait je vais juste vous parler d'une anecdote que nous racontait de temps en temps un de mes profs de psychologie sociale. Il l'aime bien cette histoire, je crois, notre cher magicien (mes collègues auront devinés de qui je parle... Et je le salue en passant, si jamais par je ne sais quelle magie noire il tombe sur ce truc).
Bon, le souvenir que j'en ai n'est pas parfait, mais j'ai encore les grandes lignes, et elles sont suffisantes pour la suite.

Bref. Un soir, un psychologue -sauf erreur de ma part, il s'agit de Valins- était à une soirée diverse. Vous savez, ce genre de soirée mondaine où on se fait chier en bouffant des petits-fours. Bon, bah notre petit psy était accoudé au bar, probablement à s'emmerder, un verre à la main. Et, comme tout homme en train de glander, que fait-il ?

Indice :


Oui, bien vu, il mate les gonzesses.

Et là, il en voit une. Mignonne, on suppose, sinon il prendrait pas le temps de la reluquer. Et, ce faisant, il s'aperçoit également que son verre se met à trembler. Il remonte un peu son regard, et constate que c'est parce que sa main tremble. Bien sûr, comme c'est arrivé en même temps, il se dit qu'il y a un lien avec la donzelle. Continuant son introspection, il s'aperçoit également qu'il commence à avoir les mains moites. Un nouveau regard sur la beauté, et il apparaît également que son rythme cardiaque s'affole.
Pas de doute, il est amoureux, le con. Le coup de foudre, comme on dit.

Et puis, finalement, il finit par tilter qu'il y a un bruit nouveau pas loin de lui. Une sorte de grondement continu. Il tourne la tête, normal, et voit qu'un putain de frigo touchait le bar. Frigo qui s'était mis à s'activer. Qui envoyait des vibrations dans le bar. Vibrations remontant jusqu'à son bras accoudé dessus. Bras au bout duquel se trouve la main tenant son verre.
Donc, la véritable origine du tremblement du sieur.

Il s'est avéré, finalement, que le mec était probablement pas plus amoureux que ça. En fait, en constatant le tremblement apparaissant conjointement avec la vision de la poule, il a naturellement supposé un lien entre les deux. Et on sait tous que le tremblement en matant une jolie gonzesse, c'est qu'on a un bon vieux coup de foudre. Donc, avec déjà cette idée en tête, il a cherché les autres éléments confirmant cette idée, et en fait s'est même adapté à cette idée. Commençant à stresser à l'idée d'être amoureux, il se met à suer. D'où les mains moites. Ce qui lui fout un nouveau coup de stress. D'où le rythme cardiaque.
Ah, l'amour..
L'histoire ne dira jamais si le coup de foudre s'est changé en coup de foutre, néanmoins.

Bon, à titre d'info, et histoire de dire que c'est pas qu'une connerie, Valins a mis en place une expérience pour confirmer ça. Il a fait venir des mecs dans son labo, il les a collé à un electro-cardiogramme (avec le « bip bip » qui indique le rythme) et leur a filé des Play-Boy (ouais, on fait des expériences sympas des fois). Là-dessus, il leur demande d'évaluer les nanas sur les pages. Logique.
Et, logique, quand ils sont excités, leur rythme cardiaque s'affole.

Sauf que, c'était pas leur cœur qu'ils entendaient, mais un enregistrement. Donc quand ça s'accélérait, c'était artificiel. Et pourtant, tous les participants ont évalué plus positivement les nanas associées avec un rythme cardiaque élevé que celles associées à un rythme plus calme.

La théorie, c'est que nous nous basons sur nos comportements et nos signes physiques pour déterminer au moins en partie nos états internes. Donc qu'on peut être facilement amené à penser quelque chose si nous interprétons nos comportements/réactions de telle ou telle façon.
D'une manière générale, c'est également un rappel qu'il faut toujours tenter de voir la situation de la manière la plus globale possible. Sans le recul pour voir le frigo, on se contente de se prendre pour un amoureux transi.

Bref, tout ça pour dire : lecteurs qui êtes en couple, repensez à la première fois où vous vous êtes dit « Je suis amoureux/amoureuse de Bidule », et analysez bien la scène.
Je sais pas, songez à l'éclairage de la pièce, à ce que vous aviez absorbé (si vous planiez ou étiez sous lourde médication, par exemple...), à la conversation que vous aviez eu avant, ou encore à votre environnement..
En d'autres termes : était-ce de l'amour, ou un frigo ?


Sur ce, je vous laisse. Joyeuse fête du frigo !

Du professionnalisme...

« Psychologue. Celui qui regarde les autres quand une jolie femme entre dans une pièce. »
(Desproges)



(Le Cri, par Munch)



Ochanine, un psychologue russe assez intéressant (j'adore les psychologues russes, un jour faudra que je parle de Vygotsky) a mené une expérience dans les années 80 sur la perception des médecins spécialistes de la thyroïde. Il a demandé à des médecins experts et à des médecins débutants d'examiner un patient malade, puis de dessiner ou mouler l'organe en question. Les débutants ont donné une retranscription précise de la réalité physique dudit organe, tandis que les experts en ont fait une version assez déformée, avec une hypertrophie de certaines zones et d'autres bien plus minimisées.
En réalité, les experts ont rendu saillantes les zones significatives pour leur examen, et minimisés celles non-pertinentes. En d'autres termes, l'organe était ramené à un composé de symptômes ou de données diagnostiques.
C'est logique, et est le fruit de l'expérience : on se concentre sur l'essentiel pour accomplir sa tâche, et le reste on s'en fout.

J'ai un peu peur que ceci se produise également en psychologie. Sans étaler ma vie, j'ai une certaine chance : j'ai l'occasion de voir des deux côtés de la barrière à la fois. En sus d'être apprenant-psychologue (pas encore un vrai psychologue, d'ici un an et demi si tout se passe bien..), donc d'être du côté professionnel de la psychologie -quoiqu'étant dans la recherche et non dans le soin-, j'ai également un nombre important de personnes (très) chères se trouvant du côté patient.
Cela me permet donc de voir la relation patient-psy sous les deux angles.
Et il se trouve que j'y retrouve exactement ce que décrit Ochanine avec ses toubibs, mais avec le vécu que cela implique.
En somme, si les psy (j'entends ici au sens large : analystes, psychologues, psychiatres...) sont persuadés de faire du bon boulot car capables de monter leur diagnostique et de proposer des solutions, l'être humain lui-même se trouve être négligé... ce qui est parfaitement ironique dans un domaine censé justement soigner l'être humain.
Côté patient, ça se traduit par une certaine incompréhension, voire un sentiment de trahison. Soit, les soins fonctionnent, mais à quel prix ? Sonnés par les médicaments, ou dans l'enfer de l'hospitalisation, parfois en isolation sans raison valable, avec un personnel soignant dépassé et sur les nerfs (merci l'Etat), un discours nébuleux remplis de concepts obscurs et absurdes pour le profane (comment régiriez-vous à un freudien qui vous sort « Vous avez peur que les femmes jettent votre penis ! » ? Si vous êtes vous-même freudien, vous pigez, sinon, vous vous barrez du bureau de ce taré...)..
Dans la recherche ça marche aussi, les individus étant vus avant tout comme un ensemble de variables, et le côté humain parfois un peu laissé de côté... quoique certains protocoles soient là pour limiter les risques éventuels (tel que le debriefing).

J'essaie pas de faire la morale, bien entendu, mais je pense que dans tout boulot -et encore plus dans ceux en lien avec le soin- il faut veiller à ce que le professionnalisme (car il s'agit bien de ça) n'amène pas à négliger la réalité humaine.
En psychologie, il y a une ironie encore plus grande : c'est qu'une bonne part des psy sont eux-même atteints ! Piochez parmi les étudiants en psychologie, et vous verrez qu'il existe bon nombre de dépressifs (plus ou moins forts), d'angoissés, de maniaques, de victimes (de diverses choses), de personnes venues régler leurs problèmes...
Vous connaissez le proverbe sur les cordonniers mal-chaussés ? Bah nous c'est pareil, mais avec des entonnoirs. C'est pas forcément mal, attention. Être dépressif n'empêche pas d'être performant, aussi longtemps que le praticien est capable de faire la différence entre son mal et celui des autres. Mais du coup, je trouve la chose drôle, car nous sommes les mieux placés pour savoir comment le patient peut vivre tout ce cirque.

Comme quoi...


En passant, là je suis resté assez soft à leur sujet (quoique je pensais particulièrement à eux), mais vous finirez par voir que j'ai une sacré dent contre les psychiatres...
Faudra aussi que j'arrête de parler de psychopathologie et que je me mette à parler de la recherche en psychologie plus empirique (sociale, cognitive..), un jour. Bah pour la prochaine mise à jour, tiens !

Voici pour la mise à jour du soir. Bonne bourre, et évitez les HP !

Ravalement de façade

Bon, ceux qui ont l'adresse depuis longtemps, s'ils s'aventurent encore ici, pourront constater la disparition de pas mal d'articles.

La raison est simple, je prévois de rendre le blog public d'ici peu (peut-être que ça me motivera à le foutre à jour plus souvent), donc j'ai viré tous les trucs merdiques. Ce qui, oui, couvrait à peu près la moitié des articles. Hey, c'est comme ça.

Bref, voilà, c'est tout. Normalement y aura une nouvelle mise à jour (thématique !) d'ici la semaine prochaine, je pense.

Peace.

Le bonheur des vaches dépressives

Bon, une petite mise à jour (au titre trompeur, cherchez pas), parce que ça commence à faire putain de longtemps que j'ai rien écris.
Dans la foulée, j'en profite pour caser que j'ai toujours pas réparé les trucs qui se sont cassés avec la migration. Patience, ça viendra.

Bref.

La mise à jour du jour sera courte, je vais juste parler d'un petit truc dont je discute pas mal dernièrement (le titre étant une private joke en lien avec une de ces discussions), à savoir ce que je nomme le relativisme culturel.
Quoique c'est ?

Simplement une qualité manquant à beaucoup de monde de nos jours.
Je m'explique.
En fait, le meilleur exemple me venant en tête, c'est la discussion que j'avais l'autre soir. Un type me disait que pour lui c'était naturel -en tant qu'humain- d'assister à un mariage, de voir un enfant élevé par un couple, etc etc. En gros, que c'est un comportement humain standard (c'est un poil plus compliqué, je résume). Eeeet c'est là que ça cloche. Car ce genre de propos, on l'entend tous les jours, pour des sujets divers et variés. Allant de "c'est normal que l'homme tienne la porte aux femmes" à "il faut tuer tous les pédophiles, c'est MAL", en passant par des trucs divers et variés du genre "les homos c'est mal". En d'autres termes, des gens prenant des normes culturelles comme des qualités intrinsèques de l'espèce.
La raison ? Le relativisme culturel, ou plutôt son absence. Reprenant la mécanique du référentiel en physique, c'est tout simplement le fait de conserver en tête que nos normes sont culturelles et non dépendantes d'un grand absolu, qu'il soit d'origine morale, religieuse, ou "génétique" (en gros, intrinsèque à l'espèce). Donc que notre système moral ne dépend pas d'un grand Absolu, le Vrai, mais tout simplement relatif à notre éducation, milieu culturel, etc etc.
"Mais qu'est-ce que ça peut faire ?" allez-vous peut-être me rétorquer.
Primo, je vous signale que j'aime pas qu'on m'interrompe pour une question stupide.
Deuxio, ça a mené à la destruction de cultures entières. Lors de nos colonisations, entre autre, nous (les occidentaux) nous sommes chargés de la mission divine, de la lourde responsabilité (comme on disait à l'époque victorienne) d'éduquer les peuplades primitives avec notre morale, notre religion, j'en passe et des meilleures. Cette absence de relativisme culturel, nous poussant à croire que nous avons absolument raison, nous poussant à annihiler les autres cultures.
Pour prendre un exemple récent, il suffit de voir la "guerre de civilisation" (terme totalement faux, en passant) menée entre le bloc occidental -avec les amerloques en tête de lance- et le bloc musulman. Nous autres occidentaux souhaitons leur apporter notre douce lumière de Liberté, nos Droits de la Femme, notre Justice, nos Lois, nos systèmes politiques. Comme si nous avions raison dans l'Absolu. Comme à l'époque où nous nous chargions d'éduquer les pauvres petits noirs ne connaissant même pas le Christ.

Je sais pas vous, mais moi je trouve ça dérangeant.

Allez, une question, pour la route : vous-même, comment réagiriez-vous si demain vous tombiez dans une culture où des pratiques telles que la pédophilie sont non seulement monnaie courante, mais surtout une norme sociétale ? (et je parle de véritable pédophilie, pas d'un "simple" système de pédérastie à la grecque)

Voilà qui conclut la mise à jour du jour. En passant, deux derniers points :
- je cherche un thème PluXml sympa, qui aurait une tonalité très proche de l'univers graphique de Limbo. Si jamais quelqu'un a ça, merci de faire tourner !
- je suis un vile plagiaire, et je vais donc me permettre d'imiter ce cher Paul Binocle en concluant mes posts par des images. Celle de ce soir, pour ne pas détoner avec le post précédent, provient du Top 100 des plus belles photos de l'European Southern Observatory (ESO).
Enjoy.